En ce temps là, il existait un homme invincible, un homme né au bord de la mer d’Oman, à Karachi au Pakistan. Depuis un jour d’avril 1981 à Toronto où il s’était emparé du titre de champion du monde en dominant à son propre jeu l’Australien marathonien Geoff Hunt, il n’avait plus perdu une seule rencontre de squash. Jahangir, "le conquérant du monde" en pakistanais, ne laissait que des miettes à ses adversaires : près de 500 victoires en six ans. Tous les médias se posait cette même question : quel est le joueur qui l’obligerait à mettre un genou à terre ? La réponse arriva un jour de novembre sous le ciel bleu azur de la ville rose. Mais revenons un peu sur l’histoire émouvante du petit Khan qui voulait être le plus grand.
Peshawar, une ville de moyenne importance à une centaine de kilomètres de la capitale du Pakistan, Islamabad. Comme les petits Brésiliens poussent au pied des balles de chiffons sur les plages de Rio, les enfants pakistanais "squashent" avec des raquettes de fortune. Les Khan sont souvent les meilleurs. Dans la famille pendant que Papa "squashe", Maman coud. A partir de 1950, les Khan dominent les débats : Haskim Khan (7 victoires au British Open), Roshan Khan, Aazam Khan, Mohibullah Khan, "Esco" Khan, "Jerry Khan", "machin chose Khan", etc... Jahangir naît coiffé. Mais au début, il fait figure de vilain petit canard. Plutôt chétif, les médecins lui déconseillent le sport. Pourtant il n’en démord pas, il sera champion. Lors d’une compétition en 1979, son frêre aîné s’écroule, victime d’un arrêt cardiaque dû à une malformation. C’est le déclic : Jahangir Khan, très croyant, voit là un témoin que lui passe Allah. Pour son frère, il deviendra le meilleur. A 17 ans, il arrive au plus au niveau.
Jahangir Khan :
Né le 10 décembre 1963 à Karachi (Pakistan).
Fils de Roshan Khan, champion du Monde de Squash en 1955.
Poids : 67,5kg. Taille : 1,75m.
Palmarès :
Vainqueur du British Open : 1982, 83, 84, 85, 86, 87, 88, 89, 90, 91
Champion du Monde : 1981, 82, 83, 84, 85, 88.
Champion du Monde par équipe (Pak.) : 1981, 1983, 1985, 1987, 1993.
Palmarès du Championnat du Monde de Squash :
| Année | Vainqueur | Finaliste | Score | Pays organisateur |
| 1975 | G.B.Hunt (Aus.) | M.Khan (Pak.) | 7-9,9-4, 8-10,9-2, 9-2. | Angleterre |
| 1977 | G.B.Hunt (Aus.) | Q.Zaman (Pak.) | 9-5,10-9, 0-9,1-9, 9-4. | Australie |
| 1979 | G.B.Hunt (Aus.) | Q.Zaman (Pak.) | 9-2,9-3, 9-2. | Canada |
| 1980 | G.B.Hunt (Aus.) | Q.Zaman (Pak.) | 9-0,9-3, 9-3. | Australie |
| 1981 | J.Khan (Pak.) | G.B.Hunt (Aus.) | 7-9,9-1, 9-2,9-2. | Canada |
| 1982 | J.Khan (Pak.) | D.Williams (Aus.) | 9-2,6-9, 9-1,9-1. | Angleterre |
| 1983 | J.Khan (Pak.) | C.Dittmar (Aus.) | 9-3,9-6, 9-0. | Allemagne |
| 1984 | J.Khan (Pak.) | Q.Zaman (Pak.) | 9-0,9-3, 9-4. | Pakistan |
| 1985 | J.Khan (Pak.) | R.Norman (N.Z.) | 9-4,4-9, 9-5,9-1. | Egypte |
Championnat du Monde de Squash 1986
Toulouse du 4 au 11 Novembre 1986
Jahangir Khan a maintenant 23 ans, et personne ne se dresse sur sa route constellée de titres de gloire. Il est vainqueur de la plus prestigieuse des compétitions de squash depuis 1981 : le British Open. C’est un forcené à l’entraînement, et si ce n’est pas le plus spectaculaire des joueurs du circuit, Jahangir est sans faille. Il peut rester des heures sur un court, planté sur ses cuisses surpuissantes, il est pratiquement "indébordable". Plus fort que Bjorn Borg au tennis, Khan est un cas unique dans le sport. On ne voit que la lassitude qui puisse désormais l’abattre. C’est ce sportif hors du commun qui se présente en cet automne 86 dans la belle ville de Toulouse pour, croit-on, rafler son 6éme titre d’affilée de champion du monde. "Bien entendu, un jour je vais perdre, mais je pense que ce n’est pas encore pour demain", affirme Jahangir à un journaliste. L’homme invincible est à Toulouse, il vient défendre son titre de champion du Monde acquis un an auparavant. C’est la 10e édition, la première s’était déroulée à Wembley en 1976 et c’est aujourd’hui à la France et plus particulièrement aux toulousains d’organiser la compétition.
"Bien entendu, un jour je vais perdre, mais je pense que ce n’est pas encore pour demain" (Jahangir Khan)
Toulouse est une ville jeune et dynamique qui est habituée aux grands rendez-vous sportifs : ce samedi, la ville a été choisie pour accueillir le test-match de rugby entre la France et les All-Blacks de Nouvelle-Zélande. La mairie de Toulouse a accepté d’organiser les phases finales du championnat du Monde dans le Palais des Sports. Situé au centre de la ville, d’une capacité de plus de 7000 places, ce Palais des Sports qui est l’un des plus beau d’Europe est un gros atout pour ce genre de rassemblement sportif. Les qualifications se sont déroulées au club de squash des Amidonniers du 4 au 6 novembre : huit tournois séparés, d’en principe 8 joueurs (le nombre de joueurs pouvant aller jusqu’à 12 en fonction du nombre d’engagés). Le vainqueur de chaque "mini-tournoi" entre dans le tableau final.
Avec les huit joueurs sortant des qualifications, ce sont les vingt-quatre premiers du classement ISPA (l’équivalent de l’ATP au tennis) qui complètent le tableau final. Le début des compétitions commencent le jeudi 6 novembre avec les huit premiers 1/16éme de finale, puis les huit autres le vendredi, les 1/8éme le samedi, les 1/4 le dimanche, les 1/2 le lundi et le tournoi s’achève le mardi 11 novembre avec la grande finale à partir de 15H00. Le montant des prix distribués est le suivant :
le vainqueur : 69 300 F (environ 10 500€)
le finaliste : 46 200 F (environ 7000€)
1/2 finaliste : 26 950 F (environ 5000€)
1/4 finaliste : 17 325 F (environ 2600€)
1/8 finaliste : 10 587, 50 F (environ 1600€)
1/16 finaliste : 3850 F (environ 580€).
Le montant des prix pour l’ensemble du tournoi représente la somme de 433 000 F(environ 65 700€), un record pour l’époque.
A noter que pour la première fois dans un championnat du Monde, les parties se dérouleront sur un court vitré à quatre parois transparentes. Voilà, le décor est planté, le spectacle va pouvoir commencer. Ils sont une dizaine à se partager les places d’honneur, avec à chaque fois qu’ils rencontrent le maître, le secret espoir de le faire chuter.
| 1/16 de finale | 1/8 de finale | 1/4 de finale | 1/2 finale | Finale | Vainqueur |
| Jahangir Khan-Jamie Hickox | J.Khan 9/1 9/4 9/2 | J.Khan | |||
| Maqsood Ahmed-Qualifié 7 | M.Ahmed 9/5 9/3 9/5 | 3/0 | J.Khan | ||
| Greg Pollard-Qualifié 5 | P.Symonds 6/9 8/10 9/2 9/7 9/3 | J.U.Soderberg | 3/0 | ||
| Jan Ulf Sodeberg-Qualifié 8 | J.U.Soderberg 8/10 9/2 9/5 3/9 9/2 | 3/1 | J.Khan | ||
| Ross Thorne-Qualifié 6 | R.Thorne 9/7 9/4 1/9 4/9 9/7 | R.Thorne | 9:3 9/5 3/9 9/1 | ||
| Qamar Zaman-Danny Lee | D.Lee 9/7 9/5 9/1 | 3/0 | C.Dittmar | ||
| Hiddy Jahan-Sohail Qaiser | H.Jahan 4/9 9/2 9/5 9/6 | C.Dittmar | 3/0 | ||
| Geoff Williams-Qualifié1 | C.Dittmar 9/1 3/9 9/5 9/6 | 3/1 | R.Norman | ||
| Umar Hayat Khan-Chris Robertson | C.Robertson 3/9 9/3 9/2 9/7 | C.Robertson | 9/5 9/7 7/9 9/1 | ||
| Qualifié 3-Phil Kenyon | J.Khan 10/9 7/9 9/3 10/8 | 3/0 | C.Robertson | ||
| Martin Bodimeade-Ricki Hill | M.Bodimeade 9/2 9/6 9/2 | S.Davenport | 3/0 | ||
| Andres Wahlstedt-Stuart Davenport | S.Davenport 9/7 6/9 9/4 9/2 | 3/0 | R.Norman | ||
| Zarak Jahan Khan-Fredrk Johnson | Z.Jahan Khan 9/2 9/6 6/9 9/2 | G.Briars | 10/8 6/9 9/3 9/2 | ||
| Qualifié 4-Gawain Briars | G.Briars 9/7 9/4 9/5 | 3/2 | R.Norman | ||
| Stuart Hailstone-Tristan Nancarrow | T.Nancarrow 9/0 9/7 9/7 | R.Norman | 3/0 | ||
| Qualifié 2-Ross Norman | R.Norman 10/8 9/0 9/1 | 3/0 |
Voilà... Le roi est descendu de son piédestal. Les spectateurs n’en croient pas leurs yeux, certains vont même jusqu’à regretter la fin du règne. Ce n’est pas possible. Est-ce bien le "maître" qui est mené 2/0 ? Dans le troisième jeu gagné 9/7 par Jahangir Khan, on se dit que ça y est, il va revenir dans la partie et il va de nouveau être champion du monde. Mais non, c’est au contraire le néo-zélandais Ross Norman qui le met à terre en l’humiliant 9/1. Interrogé à l’issue de la partie, Jahangir ne sait que répondre. Cela fait tellement longtemps, qu’il ne se souvient pas de sa dernière défaite. Plus dure sera la chute... Mais qu’on se rassure, "King Khan" saura très vite rebondir et remporter d’autres tournois majeurs. La seule chose qui va vraiment changé est que maintenant ses adversaires ne rentreront plus sur le court battus d’avance, mais avec l’espoir de rééditer l’exploit de Norman.
La deuxième défaite de Jahangir Khan :
Octobre 1987 : c’est en finale de l’Open de Sydney, ville de la côte Est du continent Australien, que le jeune Rodney Martin a réussi sur ses terres l’exploit d’infliger au meilleur joueur du monde sa deuxième défaite en six ans. Après sa surprenante défaite au dernier championnat du monde de Toulouse, très vite Jahangir Khan avait remis les pendules à l’heure. On l’avait vu notamment disposer aisément de son tombeur Ross Norman lors des 5éme Internationaux Guy Laroche de squash. Par la suite, il avait décroché son sixième titre d’affilée à l’Open britannique, véritable Wimbledon du squash. Mais déjà, à cette occasion, s’était levée l’étoile de Rodney Martin. En demi-finale, le jeune (21 ans) protégé de Geoff Hunt à Canberra avait poussé Jahangir dans ses derniers retranchements : mené deux jeux à rien et 0-6, il sentit passer le vent du boulet. Cette fois-ci le scénario a été exactement inverse. Martin était mené 7-9, 4-9 et 0-7 quand le combat changea d’âme. Grâce à un jeu extrêmement offensif, il put trouver la faille dans la défense pourtant réputée infranchissable du Pakistanais. Les spectateurs crurent un moment que le roi allait sauver son sceptre quand il annula un retard de 0-6 dans le dernier jeu. Mais à ce moment là que croyez-vous qu’il arriva ? C’est le plus expérimenté qui craqua. Score final : 7-9, 4-9, 9-7, 10-8, 9-6. Durée de la partie : 90’.
Classement ISPA au 1er août 1987 :
1. Jahangir Khan (Pakistan)
2. Ross Norman (Nlle-Zélande)
3. Stuart Davenport (Nlle-Zélande)
4. Jansher Khan (Pakistan)
5. Chris Dittmar (Australie)
6. Rodney Martin (Australie)
7. Phil Kenyon (Grande-Bretagne)
8. Chris Robertson (Australie)
9. Qamar Zaman (Pakistan)
10. Tristan Nancarrow (Australie)
Pas de français dans les 60 premiers ! Le seul changement par rapport au classement précédent est la montée de Rodney Martin de la 8e à la 6e place.
Championnat du Monde 1987 Birmingham (Angleterre), Novembre 1987
Le Néo-Zélandais Ross Norman n’a pu rééditer son exploit de Toulouse. Il a du s’incliner en 1/4 de finale devant l’excellent Anglais Neil Harvey. Mais le public du "New Exhibition Centre" de Birmingham était surtout venu voir le "maître" Jahangir Khan reconquérir sa couronne mondiale. Et bien, un Khan est bien de nouveau champion du Monde de squash, mais pas celui qu’on attendait. Le petit nouveau s’appelle Jansher Khan et il a sortit son compatriote en 1/2 finale de ce "World Open 87". En finale, le tout jeune pakistanais (18 ans) a disposé de l’australien Chris Dittmar. Un match palpitant qui tint en haleine les 2800 spectateurs pendant près de 100 minutes. Voilà donc un nouvel élément de la légendaire dynastie des Khan qui arrive sur le circuit international. Nul doute qu’il fera parler de lui dans les années à venir...
Classement ISPA au 2 novembre 1987 :
1. Jahangir Khan (Pak.) (1)
2. Ross Norman (NZ) (2)
3. Jansher Khan (Pak) (4)
4. Chriss Dittmar (Aus) (5)
5. Chris Robertson (Aus) (8)
6. Rodney Martin (Aus) (6)
7. Stuart Davenport (NZ) (3)
8. Ross Thorne (Aus) (11)
9. Phil Kenyon (Ang) (7)
10. Umar Hayat Khan (Pak) (19)
Un seul français dans les 100 premiers : John Elstob 89e.
(Entre parenthèses les classements au 1er août).
Quelques liens :
=> Jahangir Khan sur Wikipedia
=> Squash - All in a Family
=> Hommage en vidéo
=> Khan’s Story



Excellent article ! Merci.
"seulement" 4 British Open ?
Moi je penche plutot pour 10 victoires .(82,83,84,85,86,87,88,89,90,91 )
http://www.britishopensquash.com/ha...
http://www.youtube.com/watch?v=KEZr...
Il faut aussi rajouter un titre mondial en 1988 contre Jansher (9/6, 9/2, 9/2).
Il me semble que la finale perdue à Toulouse a démarré par un 0/0 de 15 minutes (possible avec l’ancien mode de scoring). A confirmer.
Pour les personnes intéressées par l’historique des vainqueurs (équipes et individuels) des mondiaux. : http://www.worldsquash.org.uk/2009d...
En effet, le palmarès (British, Mondiaux et Mondiaux par équipe) était incomplet. Voilà qui est corrigé.
PA le 1er point a duré 9"30, let, le second 3"30, J’Y ETAIS !! Un grand moment de squash !
9"30 ou 9’30" ????
Allez un petit quizz ! ici
http://i39.tinypic.com/orht0y.jpg
trop fort, merci pour cet tres bel article !!!!!
Si mes souvenirs sont bons (ça date un peu...), ce match avait été télévisé en direct. Vous imaginé du Squash en direct à une heure de grande écoute ? incroyable de nos jours (peut être en Egypte). De fans très conservateurs ont peut être encore une VHS ! E brocard
^...ouiiii, j’y étais, j’ai vu le grand Jahangir Khan mettre un genou à terre face à Ross Norman à Toulouse en 86 ! Puis 4 ans plus tard, toujours à Toulouse, une des nombreuses victoires de Jansher Khan, un ’défenseur’ infatigable qui, cette fois, écoeura Chris Dittmar ! Ce fut, pour moi, le début d’une grande histoire d’amour avec le squash ! Aujourd’hui, je suis admiratif devant l’impeccable et implaquable force de Gregory ou Camille ! Ces deux là iront loin, c’est sûr ! Côté jeunes, je suis avec intérêt la progression de Cyrielle, un beau bout de jeune femme avec un gros potentiel mental et physique même si le dernier ’Open de France’ ne fut pas aussi ’festif’ quelle aurait voulu ?!... laissons lui le temps, nous en reparlerons ! Vive le sport, vive le squash et bravo à tous les éducateurs et joueurs ! Jacques
Jacques tu parles de camille mais n’oublie pas que la belle Isabelle Stoehr est encore sur le circuit et qu’elle va tout faire pour revenir au plus haut niveau.