Technique / Arbitrage

Tant qu’il y a de la gêne...

Par Rod Symington, du Comité « Règlement et Arbitrage » de la Fédération Internationale de Squash (W.S.F.)

A bien y réfléchir, on pourrait résumer ainsi l’attitude à adopter sur un court : « Frappe la balle et laisse la place ! » Mais en matière de règlement, la simplicité n’est jamais de mise.

Il est donc compréhensible qu’un joueur ne connaisse pas toutes les règles qui s’appliquent en cas de gêne pendant un match. D’autant plus qu’on ne les trouve pas dans un seul paragraphe, mais dans plusieurs passages épars du Règlement Officiel.

La règle la plus évidente est celle qui porte le numéro 12 : « La gêne, présentation des responsabilités fondamentales d’un joueur ». Vous êtes autorisé à frapper la balle normalement (avec une avancée et un recul raisonnables de la raquette), mais dès la fin de votre geste, vous devez faire tout votre possible pour laisser le champ libre à votre adversaire, afin (1) que la balle soit bien dans son champ de vision, (2) qu’il puisse y accéder sans obstacle, (3) qu’il puisse frapper la balle avec une bonne amplitude, et (4) que le mur frontal reste complètement libre.

Beaucoup de joueurs pensent encore que s’ils font un effort pour libérer le passage mais qu’il y a quand même une gêne, l’arbitre optera pour un let. Mais c’est faux, la suite de cette règle est très claire là-dessus : le joueur ne doit pas se contenter d’essayer de libérer la voie, il doit réellement se tenir à distance pour que son adversaire puisse jouir des quatre libertés énoncées ci-dessus.

Si vous ne faites pas d’effort pour vous écarter, il y a stroke. De même, si vous faites un effort, mais que vous êtes quand même sur le chemin de votre adversaire, il y a presque toujours stroke. Vous ne pouvez pas vous retrancher derrière l’excuse « J’ai essayé ! », cela ne suffit pas. Restez dans le champ et vous perdrez l’échange.

Depuis mai 2001, le joueur qui vient de jouer la balle doit se plier à de nouvelles exigences. Si votre adversaire s’apprête à frapper la balle, vous ne devez sous aucun prétexte vous mettre sur le trajet de celle-ci. Si vous tentez un « mouvement délibéré pour intercepter le retour » de la balle, vous perdez l’échange. (Etant donné qu’un joueur gagne l’échange si son adversaire le frappe avec la balle, cela décourage certains joueurs téméraires mais peu scrupuleux de se jeter volontairement sur le trajet de la balle pour remporter le point).

Il convient d’adopter la même attitude si votre adversaire tente de frapper mais manque la balle. Si il ou elle est en mesure de faire une deuxième (voire une troisième ou une quatrième) tentative, vous devez rester à l’écart et « faire tout votre possible pour éviter [...] de gêner la tentative suivante » (10.3.2). Si vous ne le faites pas et que cela entraîne une gêne pour votre adversaire, vous perdez l’échange.

Une des formes de gêne les plus courantes survient lorsque le joueur qui attend son tour se trouve trop près de son adversaire et gêne le mouvement de recul de sa raquette lorsque celui-ci veut frapper la balle (ou, plus rarement, s’il gêne l’avancée de sa raquette). Les règles ont aussi été légèrement modifiées en 2001 pour ce genre de situation. Il faut maintenant distinguer la gêne qui a empêché la frappe de celle qui l’a seulement altérée.

Si la trop grande proximité de l’adversaire empêche un joueur de frapper la balle, le joueur gagne l’échange (on est en droit de penser qu’il ne s’est pas retiré suffisamment). Mais si le joueur frappe la balle normalement et effleure son adversaire au passage - ce qui altère la frappe sans pour autant l’empêcher - l’arbitre accordera un let (on pense dans ce cas que l’adversaire a essayé de s’éloigner). Bien sûr, c’est toujours l’appréciation personnelle de l’arbitre qui prévaut.

Dans les cas où le joueur sent que son adversaire est trop près et qu’en frappant la balle (en reculant ou en avançant sa raquette) il risque de le heurter au passage, le joueur a le droit de demander un let s’il craint de le blesser. Mais cette précaution doit être raisonnable : si l’adversaire est à une distance jugée suffisante par l’arbitre, aucun let ne sera accordé. Cependant, quand ce genre de cas se présente, il vaut toujours mieux pécher par excès de prudence que risquer l’accident.

La « distraction » est également considérée comme une forme de gêne : si un joueur est distrait par un événement survenu sur le court ou hors du court, il est en droit de s’arrêter et de demander un let. En cas de distraction hors du court, le let est automatiquement accordé. Mais si le joueur est déconcentré par quelque chose qui s’est passé sur le court, plusieurs choix s’offrent à l’arbitre :

1) Si l’adversaire a cherché délibérément à distraire le joueur, ce dernier gagne l’échange. 2) Si la distraction est accidentelle (par exemple, si l’adversaire a trébuché, ou s’il a fait tomber sa raquette), la décision dépend de l’issue de la frappe : le joueur aurait-il fait un coup gagnant ? Quelle aurait été l’issue légitime de l’échange ?

Dans tous les cas de gêne, souvenez-vous que si vous voulez un let, vous devez vous arrêter de jouer immédiatement et demander un let. Si vous continuez d’avancer, ne serait-ce que de quelques pas, avant de vous arrêter pour de bon, il sera alors trop tard. L’arbitre pensera que vous avez réussi à jouer en dépit de la gêne, il ne vous accordera pas le let.

Ce règlement est absolument nécessaire pour garder un jeu propre. S’il n’existait pas, ou s’il n’était pas respecté, certains matchs pourraient donner lieu à de vrais bains de sang.

Commentaires

2 Messages de forum

  1. 1. Tant qu’il y a de la gêne...

    Bonjour, Cet article peut il etre completé sur l’aspect du turning. Merci

    par Bud | 4 avril 2008, 12:15
  2. 2. Tant qu’il y a de la gêne...

    "Si la trop grande proximité de l’adversaire empêche un joueur de frapper la balle, le joueur gagne l’échange (on est en droit de penser qu’il ne s’est pas retiré suffisamment). Mais si le joueur frappe la balle normalement et effleure son adversaire au passage - ce qui altère la frappe sans pour autant l’empêcher - l’arbitre accordera un let (on pense dans ce cas que l’adversaire a essayé de s’éloigner). Bien sûr, c’est toujours l’appréciation personnelle de l’arbitre qui prévaut."

    - > Je suis content de voir écrit cette règle une fois de plus. Souvent je n’accorde qu’un let lorsqu’il y a contact lors du geste de préparation, quand je juge que ce geste était très grand et que l’adversaire n’était pas dans la bulle rapprochée. J’ai lu dans les règles (ça fait un bail...) la différence entre "bulle rapprochée" (une longueur de bras) et bulle éloignée (une longueur de bras + raquette) mais quand j’y fais référence pour expliquer pourquoi je ne donne pas de stroke, je me rends compte que personne n’a lu cette règle... (comme beaucoup d’autres règles)

    "Il convient d’adopter la même attitude si votre adversaire tente de frapper mais manque la balle. Si il ou elle est en mesure de faire une deuxième (voire une troisième ou une quatrième) tentative, vous devez rester à l’écart et « faire tout votre possible pour éviter [...] de gêner la tentative suivante » (10.3.2). Si vous ne le faites pas et que cela entraîne une gêne pour votre adversaire, vous perdez l’échange."

    - > OK mais dans ce cas le stroke parait peu probable. En effet, si l’adversaire tente de jouer la balle en première intention et se retient pour la jouer plus tard (après la vitre, par exemple), cela perturbe grandement le mouvement de son adversaire et, en général, même si celui-ci est trop près, c’est un let qui est donné. D’ailleurs la règle de la deuxième intention est un peu obscure, je trouve, car si à la place d’une première intention de jeu, il s’agit d’une feinte, alors l’adversaire risque de prendre un stroke contre lui s’il se trouve dans la bulle rapprochée du joueur. L’exemple type est :
    - joueur 1 fait une balle un peu au milieu
    - joueur 2 peut la jouer mais attend, raquette levée, le dernier moment, tout en reculant
    - joueur 1 attend que joueur 2 ait joué pour revenir au T mais joueur 2 ne joue toujours pas, recule, et finit par demander let (avec espoir de stroke). Je déteste ces strokes car, pour moi, ils sont stratégiques (fourbes ?) et n’ont pas pour but d’éviter un accident. Comment l’arbitre juge-t-il qu’il a eu une première intention de jeu ou une feinte ? La différence est difficile...

    par Du bon Vinche | 4 avril 2008, 13:31

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