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Tribulations d’un arbitre à Paris

Open PSA Saint Cloud HEC MBA, 10 000 $

  Mon dernier arbitrage remonte à décembre dernier lors du PSA Masters à Bombay, un tournoi du circuit pro à 120 000 $. Cette semaine me voici à Paris, au club de Saint Cloud, pour le HEC MBA Squash Open, un tournoi PSA en France pour une fois, avec une dotation de 10 000$. A première vue, on pourrait penser qu’avec une dotation 10 fois moindre le niveau le serait tout autant. Eh bien, pas du tout, la qualité des matchs est assez époustouflante. Pour preuve, la tête de série numéro 1 est classée à la 34ème place mondiale. Le spectacle est au rendez-vous et le public aussi. Certes, on ne peut pas accueillir pléthore de spectateurs mais le petit détail qui fait plaisir, c’est que toutes les places pour les quarts, demies et finales sont vendues. Je trouve ça toujours gratifiant pour le squash de rendre payant l’accès au spectacle, c’est un signe de succès pour les organisateurs, car même sur Paris, ça ne reste pas évident. Le résultat est que cela devient valorisant pour tout le monde, les joueurs en premier.

  1er et 2 février : l’enfer des qualifs

Lundi et mardi, c’était les 2 premiers tours des qualifications. Avec Bibi nous nous partageons les matchs équitablement. Cela a donné 6 arbitrages pour moi sur ces 2 jours, mais n’ayant pas pris de notes je ne peux pas décrire avec précision ce que j’ai vécu. Tout ce que je peux dire, c’est qu’il n’y a eu aucun problème particulier.

  3 février : les choses sérieuses commencent

  Avec l’arrivée des têtes de série, le niveau du tournoi est monté d’un cran de façon très nette. Premier match pour moi : l’Italien Davide Bianchetti… mon ami Davide je devrais dire, et celui de tous les arbitres qu’il croise !! Ce joueur est d’un tempérament sulfureux, je n’ai jamais vu un match avec lui qui se soit passé sans contestation ou embrouille en tout genre. Et pour mémoire, lors d’un de ses derniers tournois au Moyen Orient il a écopé d’un match de pénalité. Avec ce joueur on doit s’attendre, à un moment ou un autre, à intervenir pour le calmer, en espérant qu’il n’aille pas trop loin dans ses propos ni dans sa frustration. Ici il était opposé à un Danois issu des qualifications, Rasmus Nielsen - sur le papier un match assez facile. Mais, surprise : 1 heure et 18 minutes de match et une victoire 11/7 au cinquième jeu pour l’Italien. Bon, malgré la durée, je ne peux pas dire que c’était très difficile à arbitrer car Bianchetti a été « assez » correct et son adversaire faisait vraiment tous les efforts pour jouer la balle, donc les demandes de let n’ont été ni très nombreuses ni très difficiles.

  Deuxième match pour moi, un duel franco-français : Julien Balbo / Fabien Verseille. Tout d’abord, je dois dire que je suis un fan de Fabien, j’adore son jeu : il attaque beaucoup, prend souvent à la volée grâce à sa souplesse (cf son demi-frère Galifi) et c’est un combattant hors pair ! Fabien est entré dans ce match avec une volonté déterminée de gagner, ça se sentait. Et l’expérimenté Julien, qui joue très bien en ce moment, n’était pas décidé à se laisser faire. Le match a été magnifique, mais il aurait pu être somptueux si Fabien avait réussi à contenir sa frustration à des moments clef. De mon côté, cela a été un des matchs les plus difficiles que j’ai arbitré ces derniers mois : plus de 50 décisions et des interventions permanentes pour calmer les joueurs, sinon le match aurait pu dégénérer. Fabien jouait très bien, attaquant à merveille, mais Julien défendait superbement.

J’aurais dû clairement être plus ferme avec eux, notamment sur leur façon plutôt familière de s’adresser à moi. Mais, c’est jamais facile de naviguer entre le « trop ferme » et le « pas assez ». Ainsi, à la fin d’un échange au 2ème jeu - échange perdu sur un stroke pour Balbo - Verseille balance la balle au plafond en signe de frustration. Là c’est clair, c’est un point de pénalité direct et sans hésitation, c’est la règle et je le sais. Mais je ne l’ai pas donné car à 10-8, cela donnait 11-8 et donc jeu pour Balbo et je craignais une très mauvaise réaction de Verseille. Mais c’est clairement une erreur de ma part, il aurait fallu que je donne ce point de pénalité en faisant abstraction du score. Un match d’une heure 26 minutes avec une victoire de Julien, où j’ai beaucoup, beaucoup appris et duquel je suis sorti épuisé.

  Troisième match de la soirée : Oliver Pett (Angleterre) contre Bradley Hindle (Malte). Rien à signaler, un match tranquille - pas plus mal, après le gros match précédent !!

  Dernier match : Grégoire Marche contre Lucas Vauzelle. C’est bizarre, j’ai du mal à me rendre compte du niveau de Marche. C’est certainement le fait de l’avoir vu pendant des années sur les tournois jeunes en France, j’ai l’impression de voir un « petit » jeune perdu chez les adultes. Certes, il n’est toujours pas très grand mais diable, qu’il joue bien et son statut de joueur pro est maintenant une réalité qui s’impose à tous !!! Une pile électrique branchée sur du 220 volts. Un jeu d’attaque aérien très impressionnant à regarder. Aucun souci dans ce match pour moi, car Marche a archi dominé son adversaire en 41 minutes, se permettant même à certains moments des coups excentriques, mais non moins efficaces.

4 février : les grosses confrontations avec les quarts de finale  

J’ai profité du premier match de la soirée avec des yeux de spectateur, puisque j’ai laissé le soin à Bibi d’arbitrer Bianchetti contre le Danois Olesen (petit copain de Camille Serme - ça c’est une info au passage pour augmenter les stats de squashlibre !!). Si je vous dis que l’Italien a été pathétique, je ne vais pas vous surprendre !! La première décision du match a déclenché une série de contestations, toutes aussi pénibles les unes que les autres. Tout ça pour voir Bianchetti abandonner, à priori sur blessure, au 3ème jeu. Personnellement je l’aurais certainement sanctionné par un match de pénalité avant qu’il ne jette l’éponge, mais ça c’est une autre histoire - et je n’étais pas arbitre. Enfin bref, il sort du tournoi. Pas plus mal que le public n’ait plus à supporter ses sautes d’humeur permanentes.

Mon premier arbitrage sur ces quarts de finale : Julien Balbo contre Joel Hinds, un Anglais avec une coupe de cheveux, façon rasta explosé. Un match très long avec, dans les 2 premiers jeux, des échanges interminables. Hinds n’est pas un attaquant c’est un fait, il a construit lentement et consciencieusement les échanges pour maîtriser son adversaire. Julien est tombé dans sa toile au cours du premier jeu qui aura duré 29 minutes, puis au deuxième de la même manière. Pas trop de décisions d’arbitrage mais difficile d’être endurant à la concentration. Puis la tendance s’est inversée et Balbo a réussi à prendre un peu plus l’initiative dans les 3 suivants. Victoire 3/2 pour le Français et rien à signaler côté arbitrage.

Mon deuxième match de la soirée a été le Suisse Mueller contre Grégoire Marche. S’il fallait résumer ce match en un mot, je dirais que c’était tout simplement MAGNIFIQUE. Mueller, que je découvrais ici pour la première fois, a joué un match parfait, dominant nettement son adversaire qui donnait pourtant tout ce qu’il pouvait. Mueller a la classe et le jeu des meilleurs mondiaux et pourtant il n’a que 19 ans. En tant qu’arbitre, voir un joueur de ce calibre et de ce talent qui fait autant d’efforts pour se dégager des balles et déploie autant d’énergie pour aller jouer toutes les balles est un véritable bonheur. A part quelques contestations de Marche dues à la frustration de ne trouver aucune solution, le comportement des 2 joueurs a été irréprochable : un régal pour les spectateurs et pour moi à l’arbitrage. Tout ce que je souhaitais, c’est qu’ils puissent jouer plus longtemps.

5 février : le dernier carré

Je prends la première demi-finale : Julien Balbo contre le Danois Olesen. Je m’attends à un match plutôt rapide car je pense, qu’outre le fait d’être classé 50 places devant son adversaire du jour, Julien est plus fort et plus expérimenté. Le premier jeu me donne raison, Julien l’emporte très facilement 11/4 avec 2 décisions d’arbitrage, en moins de 10 minutes. A ce moment on s’achemine vers un match à sens unique.

Et c’est là que Julien ralentit un peu, baisse le rythme et laisse le Danois prendre le contrôle de la partie. Au final c’est un gros match de 5 jeux en 1 heure et 16 minutes et par conséquent, un gros travail d’arbitrage avec de nombreuses décisions. Je dois l’avouer, je n’ai pas été très "percutant" sur 2 ou 3 d’entre elles, mais globalement j’ai tenu le match de manière assez satisfaisante.

De manière plus globale, il pourra toujours m’arriver de ne pas donner la meilleure décision possible, mais l’essentiel est de garder une ligne directrice, de s’y tenir et surtout de garder le contrôle des joueurs et du match. Je conclus toujours de la même manière, en disant qu’en matière d’arbitrage, seul un arbitre expérimenté peut être un bon arbitre. C’est une évidence mais il faut le répéter.

Enfin, pour finir je tiens à remercier Olivier Jaffrennou (président), Mickael Debard (trésorier), Xavier Nys (secrétaire) et Fred Paroielle (directeur technique organisationnel !) tous membre de l’association COSE (Comité d’Organisation de Squash Evénementiel), qui nous ont fourni de très bonnes conditions d’arbitrage lors de notre séjour parisien. Merci à eux et au club de Saint Cloud.

Prochains arbitrages pour moi, le week-end prochain à Mulhouse pour les championnats de France 1ère série, où tous les meilleurs Français vont se battre pour le titre suprême ! Avec les 2 super stars, Lincou et Gaultier. Attention ça ne rigole plus !!!!

Nico Barbeau

Commentaires

6 Messages de forum

  1. 1. Tribulations d’un arbitre à Paris

    Merci Nico et bibi pour cette belle semaine cette belle semaine de Squash Ps : Il n’y aura pas de bœuf purée la prochaine fois ;-) Jaff

    par jaff | 7 février 2010, 00:12
  2. 2. Tribulations d’un arbitre à Paris

    Merci à Nicolas pour sa gentillesse et son professionnalisme.

    par Xavier NYS | 7 février 2010, 15:59
  3. 3. Tribulations d’un arbitre à Paris

    sans oublier bien-sûr mon Jean-Christophe. Amitiés à vous deux.

    par Xavier NYS | 7 février 2010, 16:01
  4. 4. Tribulations d’un arbitre à Paris

    Un très grand coup de chapeau aux organisateurs. A ce qu’on a pu lire et voir, tout a été parfait. Superbe initiative, et très belle réussite ! Les tournois pro en France sont rares, bravo à vous.

    par Briag | 7 février 2010, 21:33
  5. 5. Tribulations d’un arbitre à Paris

    Salutation et remerciement à tous les deux. Nicolas, j’ai remis dans mes favoris Squash Libre ! Merci : Frédéric : chauffeur, photographe et directeur technique opérationel : dixit Olivier.

    par Frédéric | 8 février 2010, 20:14
  6. 6. Tribulations d’un arbitre à Paris

    Salut Fred, merci pour ton message. Ceci dit il va falloir que tu m’expliques un jour comment, à un moment donné, Squashlibre à pu disparaître de tes favoris !!!!

    par Nico Barbeau | 8 février 2010, 22:22

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